Accueil ▷ Actualités ▷ Actualités
Appel
Date limite de soumission : jeudi 30 avril 2026
Appel à contribution coordonné par Amélie Imbert (amelie.imbert chez univ-grenoble-alpes.fr) et Florence Renucci (florence.renucci chez univ-amu.fr)
La forte dynamique des études postcoloniales et décoloniales à l’échelle mondiale, en particulier dans les Suds globaux, invite à faire le point sur les apports, limites et outils déjà forgés des approches postcoloniales et décoloniales, pour les recevoir, expérimenter et retravailler en France. Dans cette perspective, les enjeux de cet appel à contributions sont à la fois théoriques et pratiques. Ils relèvent, d’une part, de la refonte des grandes catégories du droit, des raisonnements qui les sous-tendent et donc, par extension, du droit lui-même. L’objectif n’est pas de remplacer un récit hégémonique par un autre, mais de co-créer une approche polyphonique qui tienne compte de la diversité des publics et des contextes géographiques, sociaux et politiques. Les enjeux pratiques, d’autre part, visent à expérimenter concrètement les effets potentiels des réceptions de ces approches.
Les études sur les décolonisations ont fait l’objet de travaux pionniers mais demeurent encore rares dans les sciences juridiques en France[1]. Elles sont définies comme post-coloniales si elles traitent de la période qui suit les indépendances ; postcoloniales lorsqu’elles mettent l’accent sur la persistance de logiques coloniales après les indépendances ; décoloniales quand elles appréhendent des mouvements de domination structurels plus profonds qui dépassent l’histoire des colonisations. Cependant, la forte dynamique des études postcoloniales et décoloniales à l’échelle mondiale, en particulier dans les Suds globaux, invite à faire le point sur les apports, limites et outils déjà forgés pour les recevoir et expérimenter, voire les dépasser, en France. Cette dynamique se retrouve dans les Nords globaux : plusieurs projets européens visant à appliquer cette méthodologie aux droits nationaux et européens ont en effet en cours[2]. Ces travaux montrent l’importance d’analyser toutes les branches du droit, en interrogeant leur colonialité, i.e. les biais et rapports de domination sur lesquels elles reposent (notamment en matière de genre, race et classe) et qu’elles contribuent à instituer ou pérenniser socialement.
Les enjeux de cet appel relèvent à la fois de la refonte des grandes catégories du droit, des raisonnements qui les sous-tendent et donc, par extension, du droit lui-même. L’objectif n’est pas de remplacer un récit hégémonique par un autre, mais de co-créer une approche polyphonique qui prenne en compte la diversité des publics et des contextes géographiques, sociaux et politiques. La manière dont ces récits sont exprimés constitue un enjeu crucial. Peuvent être questionnées les limites de l’écriture et de la structure d’un écrit, mais aussi celles liées à sa diffusion et à son accessibilité.
Dans une telle perspective, l’importance d’envisager ces questions par les différent·es acteur·ices du monde du droit, et à différentes échelles est manifeste : recherche, enseignement, pratiques juridiques et judiciaires[3]. Il s’agit d’envisager et d’expérimenter concrètement les effets potentiels des réceptions de ces approches. Que serait un cours de droit civil, d’histoire du droit ou de droit international, une plaidoirie ou une décision de justice décolonisées ? Comment, par exemple, appréhender la propriété autrement qu’à partir d’un dogme souverainiste ? Comment le développement du commerce international a-t-il accompagné la création d’outils juridiques destinés à l’exploitation des peuples et des ressources naturelles ? Comment rendre compte des « traditions juridiques » autochtones ? Quels outils et méthodes de reconstruction utiliser tant sur le fond que sur la forme ? Quelles disciplines juridiques n’ont pas encore exploré leurs racines coloniales ?
Dans cet ouvrage, les contributeur·ices pourront s’exprimer suivant une grande liberté, de façon expérimentale s’ils le souhaitent, en particulier sur le plan formel. En outre, ces contributions peuvent avoir pour objet aussi bien ce qui a été, ce qui est ou ce qui pourrait être, suivant une démarche prospective.
L’appel s’adresse à celleux dont le champ de recherche relève du droit, ainsi qu’aux personnes qui mobilisent et pratiquent le droit au quotidien dans des cadres professionnels, associatifs, ou autre.
Modalités de soumission
Les propositions (4000 signes environ) sont à renvoyer aux coordinatrices du projet avant le 30 avril 2026.
Les retours vous seront adressés d’ici fin mai 2026.
Une première version de la contribution est attendue pour fin février 2027.
Comité scientifique
Véronique Blanchard
Sandrine Brachotte
Anne-Sophie Chambost
Carolina Cerda-Guzman
Julie Courtois
Fabien Girard
Romain Gosse
Adam Abdou Hassan
Oona Le Meur
Elise Lemercier
Anne-Charlotte Martineau
Ismehen Melouka
Marc Thérage
Laurent Reverso
Oriane Sulpice
Andreea Zota
Orientations bibliographiques
Folúkẹ́ Adébísí, Decolonisation and Legal Knowledge – Reflections on Power and Possibility, Bristol : Bristol University Press, 2023, 204 p.
Gloria Anzaldua, Terres frontalières/La frontera : la nouvelle mestiza, Cambourakis, 2024, 322 p. (trad. Nino S. Dufour et Alejandra Soto Chacón)
Gloria Anzaldua, Paula Gunn Allen et Audre Lorde, Femmes, race et décolonisation, Eterotopia - Rhizome, 2022, 95 p. (trad. Ségolène Guinard et Léonie Ritter)
Audrey Bachert-Peretti (coord.), Dossier thématique “Perspectives postcoloniales et décoloniales : peut-on décentrer les études constitutionnelles ?”, Annuaire international de justice constitutionnelle, 2025.
Sandrine Brachotte, “Pour une approche décoloniale du droit international privé”, Revue critique de droit international privé, 2025, 2(2), p. 297-316.
Michel Cahen, Colonialité. Plaidoyer pour la précision d’un concept, Karthala, Coll. Disputation, 2024, 232 p.
Marine Calmet, Décoloniser le droit, Wildproject, 2024, 96 p.
Philippe Colin, Lissell Quiroz, Pensées décoloniales Une introduction aux théories critiques d’Amérique latine, La Découverte, 2023, 240 p.
Collectif, Critique de la raison décoloniale. Sur une contre-révolution intellectuelle, L’Échappée, 2024, 256 p. (trad. Mikaël Faujour et Pierre Madelin)
Henri Culot et Wim Decock (dir.), numéro spécial « Colonialisme et comparatisme », Revue de droit international et de droit comparé, n°3-4, 2023.
Phillipp Dann, Michael Riegner et Maxim Bönnemann, “The Southern Turn in Comparative Constitutional Law : An Introduction”, The Global South and Comparative Constitutional Law, OUP 2020.
Hanna Eklund (ed.), Colonialism and the EU Legal Order, Cambridge University Press, 2025, 388 p.
Elgas, Les Bons ressentiments, Essai sur le malaise post-colonial, Riveneuve, 2023, 219 p.
Hoda Elsadda, “Critique voyageuse : l’anti-impérialisme, le genre et les droits”, F. Thomas, Anticolonialisme(s) : Point de vue du Sud, Syllepse, p. 147-164 (trad. N. Thommes)
Arturo Escobar, Sentir-Penser avec la Terre. Une écologie au-delà de l’Occident, Seuil, 2018, 227 pages. (Trad. Anne-Laure Bonvalot, Roberto Andrade Pérez, Ella Bordai, Claude Bourguignon et Philippe Colin)
Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde carribéen, Seuil, 2019, 464 p.
Maria Luisa Femenias, “Épistémologie du Sud : lectures critiques du féminisme décolonial”, Les cahiers du Cedref, n°23, 2019, p. 118-135.
Albane Geslin, Carlos Miguel Herrera et Marie-Claire Ponthoreau (dir.), Postcolonialisme et droit : perspectives épistémologiques, Éditions Kimé, « Nomos & Normes », 2020, 212 p.
Amélie Imbert, Florence Renucci, “Décolonialité et décolonisation. L’histoire du droit en zone(s) critique(s)”, Annuaire International de Justice Constitutionnelle, 2025, Postcolonialisme, p. 57-80.
Amélie Imbert, “Décentrer le regard du juriste à propos des droits de l’Homme : pistes de réflexion à partir d’une grille de lecture décoloniale”, Marie-Julie Bernard et Bénédicte Fischer, L’État ivoirien à l’épreuve de la détention préventive : regards croisés sur l’internationalisation des réformes pénales, l’Harmattan, 2022, p. 191-229.
Silyane Larcher (coord.), Dossier thématique “Positionnalités des chercheur∙e∙s minoritaires”, Raisons politiques, 2023/1, n° 89.
Audre Lorde, Zami : une nouvelle façon d’écrire mon nom, Mamamélis, 2021, 334 p. (trad. Frédérique Pressmann)
Anne-Charlotte Martineau, “La justice pénale internationale, l’Afrique et le refoulé colonial”, Champ pénal/Penal field [Online], Vol. XIII | 2016.
Xhercis Mendez, “Notes Toward a Decolonial Feminist Methodology : Revisiting the Race / Gender Matrix”, Trans-Scripts 5, 2015, p. 41-59.
Breny Mendoza, “Coloniality of Gender and Power : From Postcoloniality to Decoloniality”, Lisa Disch et Mary Hawkesworth (ed.), The Oxford Handbook of Feminist Theory, 2016, p. 100-122.
Chandra Talpade Mohanty, Vanina Mozziconacci, Kathleen Martindale, Barbara Omolade, Mimi Orner, Le politique est-il personnel ? Critiques féministes des pédagogies féministes, Hystériques et AssociéEs, 2025, 251 p. (Trad. Noémie Grunenwald, Vanina Mozziconacci et Stéphanie Lux)
Leila Mouhib, “Enseigner avec le capitalisme racial : Expérience d’un cours de relations internationales à l’université”, Marronnages, Vol. 3 No 1, 2024, p. 121-143.
Rose Ndengue, “Genre et citoyenneté en Afrique : décloisonner et décoloniser la science politique à la lumière des mobilisations des Camerounaises”, Politique et Sociétés, vol. 42, numéro 1, 2023, p. 67-88.
Sundhya Pahuja, Decolonising International Law. Development, Economic Growth and the Politics of Universality, Cambridge Press University, 2011, 309 p.
Katharina Pistor, The Code of Capital. how the law creates wealth and inequality, Princeton university press, Princeton and Oxford, 2019.
Florence Renucci, “La ’décolonisation doctrinale’ ou la naissance du droit d’outre-mer (1946-début des années 1960)”, Emmanuelle Sibeud (dir.), Décolonisation et sciences humaines, Revue d’Histoire des Sciences Humaines, 2011, p. 61-76.
Lena Salaymeh, “Women and Islamic Law : Decolonizing Colonialist Feminism”, Justine Howe, Routledge Handbook of Islam and Gender, Routledge, 2020, p. 310-317.
Sylvia Tamale, Decolonizing and Reconstructing Africa : An Afro-feminist-legal Critique, Daraja Press, 2020, 395 p.
Sophie Thériault, Eva Ottawa, Florence Robert, « Kiskinonasowin* Paver la voie vers une formation juridique décolonisée à l’université d’Ottawa », Les Cahiers Portalis, 2024/2 n° 14, p.113-129
Christine Verschuur (dir.), Savoirs féministes au Sud. Expertes en genre et tournant décolonial, Graduate Institute Publications, Institut de hautes études internationales et du développement, L’Harmattan, 2019, 351 p.
Notes
[1] Pour la France, il existe essentiellement des travaux en histoire du droit, en anthropologie et sociologie du droit sur la question (cf., par exemple, les travaux de C. Gau-Cabée, O. Le Meur, F. Renucci…). Pour les autres disciplines, c’est à la suite d’un premier ouvrage collectif publié en 2020 (Albane Geslin, Carlos Miguel Herrera et Marie-Claire Ponthoreau, Postcolonialisme et droit : perspectives épistémologiques, Paris : Éditions Kimé, « Nomos & Normes », 2020, 212 p.), que des initiatives se sont développées, essentiellement en droit constitutionnel (« Perspectives postcoloniales et décoloniales : peut-on décentrer les études constitutionnelles ? », coordonné par Audrey Bachert-Peretti, Annuaire international de justice constitutionnelle, 2025) ou encore en droit international privé (Sandrine Brachotte, “Pour une approche décoloniale du droit international privé”, Revue critique de droit international privé, 2025, 2(2), p. 297-316).
[2] Ces recherches ont pu donner lieu à des publications anglophones, individuelle (Folúkẹ́ Adébísí, Decolonisation and Legal Knowledge – Reflections on Power and Possibility, Bristol : Bristol University Press, 2023, 204 p.) ou collective (Hanna Eklund (ed.), Colonialism and the EU Legal Order, Cambridge University Press, 2025, 388 p.). Divers projets de recherche sont également en cours de structuration, à l’image des réflexions menées au sein du Max Planck Institute (https://law.mpg.de/initiatives/decolonial-theory-and-law/).
[3] V. notamment Délibérée n°14, 2021, Dossier “Pratiques judiciaires, questions coloniales”.
Page créée le dimanche 18 janvier 2026, par Webmestre.