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Appel
Date limite de soumission : lundi 30 mars 2026
Pour février 2027, la revue Images du Travail – Travail des Images souhaite proposer un numéro sur la tension entre image / travail / animal, en mobilisant de manière ouverte et pluridisciplinaire des ensembles visuels sur le travail ou produit dans le cadre du travail des animaux.
La situation actuelle des animaux qui travaillent concerne plus d’un milliard de personnes humaines. Elle a des effets importants sur la qualité de vie, tout en constituant des enjeux économiques mais aussi politiques. En effet, les questions éthiques du vivant non humain mais sensible, occupent l’actualité depuis les années 1990 (Sturgeon, 2021). De fait, les animaux participent d’une construction sociale et sont de plus en plus investis par les discours publics et les recherches scientifiques sous cet angle (Deschler-Erg & Wild, 2024)[1]. Et pourtant, ces êtres vivants sont présents dans les relations individuelles et groupales, sont utilisés pour le travail et donc chargés non seulement de pratiques mais bien de représentations et d’imaginaires complexes dans toutes les civilisations, occidentales et non occidentales, à toutes les périodes, historiques et préhistoriques (Deluermoz & Jarrige, 2017).
En 2016, la revue Sociologie du travail lançais un appel pour un numéro thématique « Animaux au travail », coordonné par Jocelyne Porcher, Sébastien Mouret, Geneviève Pruvost et Ève Chiapello. Ce projet, qui n’a jamais vu le jour, postulait que les animaux acquièrent des compétences spécifiques dans le cadre du travail productif rétribué avec les humaines et donc « travaillent ». En 2024, Jocelyne Porcher et Sébastien Mouret s’associent avec Patricio Nusshold pour publier dans la revue Travailler un numéro dédié au travail animal, initialement publié dans la revue portugaise Laboreal. Il s’agissait d’explorer les interactions entre animaux et humains dans l’exploitation et la production laborative et les effets dans l’articulation culture et nature. La fin du numéro examine les enjeux psycho-affectifs et moraux du travail animal, introduisant la question des sciences cognitives dans le sujet.
Pour ITTI, notre dossier souhaite explorer par les images ce qu’on entend par travail des animaux : nous proposons de partir d’une définition large comprenant la mise en activité, productrice et/ou servile, des animaux domestiqués. Ainsi, le travail animal peut se comprendre par les fonctions entraînées : la production alimentaire, le divertissement, la garde, la compagnie, le service médical… il y a un agir sur l’animal et celui-ci agit dans une contrainte, répétée et contre-nature, qui lui assure une survie et un « salaire » (nourrir/loger/soigner). On pourrait aussi se poser d’ailleurs la question des animaux dont le but est de mourir (pas tant la boucherie, que les combats animaux ou l’utilisation informationnelle militaire)... Plus largement donc, le travail des animaux sous-entend un système d’exploitation (retirer quelque chose de l’interaction animal-humain) et induit des rapports de domination qui passent souvent au second plan d’une relation affective et d’un apprentissage mutuel, comme le rappelle Jean Estebanez.
L’anthropomorphisation des animaux et leur association avec des caractéristiques et des comportements ne date pas d’hier : on voit surtout dans la littérature profane l’Antiquité (les Fables d’Ésope) et le Moyen Âge (les fabliaux comme le Roman de Renart de Pierre de Saint-Cloud) que ces analogies sont surtout liées à la capacité laborative de l’animal, avec des associations récurrentes à des valeurs moralisées comme la force du lion, l’endurance de la mule, la fidélité du chien, la vitesse du cheval, etc. (Cohen, 2008). Certains animaux sont visuellement plus traités que d’autres, en priorité le chien et le cheval en raison de leur domestication ancienne et de leur omniprésence dans le travail humain : cette proximité et l’association à des investis émotionnels en font des animaux plus traités que l’âne, le porc ou la vache. Cependant aujourd’hui certains de ces animaux sont aussi valorisés dans le cadre professionnel pour leur capacité relationnelle, comme c’est le cas des ânes de randonnée dont l’esthétique a connu un grand bouleversement au début du XXIe siècle dans les visuels de brochures touristiques, un terrain encore peu investi aujourd’hui par les études visuelles… De fait, les imaginaires des comportements animaliers mais aussi les tâches traditionnelles dévolues aux animaux ont des effets sur la formation et la circulation d’images du travail animalier qu’il convient de décortiquer (Cailloux, 2025).
Ces représentations traduisent des perceptions du rapport au travail animalier dont les connotations se répercutent aujourd’hui dans d’autres médias, principalement le divertissement jeunesse (littérature graphique et dessin animé) où les personnages vivant des histoires à narration et préoccupation humaines sont des animaux « redressés », c’est-à-dire marchant sur deux pieds. Par ailleurs, de nombreux propos médiatiques fleurissent, que ce soit dans le cadre de la régulation, de la formation ou de la contestation de l’animal travailleur (Porcher & La Bouëre, 2017). Il s’agit donc de réfléchir aux modalités de constitution d’images matérielles du travail animal, parcourues par des images mentales profondément ancrées dans nos cultures.
Pour février 2027, la revue Images du Travail – Travail des Images souhaite proposer un numéro sur la tension entre image / travail / animal, en mobilisant de manière ouverte et pluridisciplinaire des ensembles visuels sur le travail ou produit dans le cadre du travail des animaux. Cette notion est d’ailleurs particulière aujourd’hui car la domestication montre qu’actuellement certains animaux sont plutôt utilisés pour le loisir et la compagnie (Blanchard, 2014) que pour le labeur comme cela l’a beaucoup été dans les sociétés pré-industrielles et dans l’industrialisation jusqu’à la mécanisation systématique des transports et de l’automatisation de l’entraînement énergétique dans les usines (notamment textiles et minotières) (Baldin, 2014). Ce propos reste à nuancer, tant il est vrai que le travail des animaux reste central dans nombre de sociétés rurales qui sont encore majoritaires dans le monde. Pour cette raison, nous accueillerons avec intérêt des propositions non forcément centrées sur les terrains occidentaux mais aussi des travaux sur toutes les périodes historiques (Matz et Vignier-Decossin, 2014), par exemple les recherches appréhendant les anciennes comme les nouvelles formes de travail animal comme la réintroduction de la traction animale au sein de la transition écologique (Cailloce, 2017).
De nombreux travaux existent sur le travail des animaux - à commencer par le projet ANR COW[2] –, mais ce qui nous intéresse ici concerne l’utilisation des images matérielles, fixes et/ou animées, comme terrains et corpus d’analyse, que ce soit en sociologie des médias, en anthropologie visuelle, en sciences de l’information et de la communication ou encore en zooarchéologie, ethnohistoire et sciences vétérinaires (Porcher & Estebanez, 2019). En effet, rares encore sont les travaux sur les animaux au travail qui utilisent les images comme ensemble documentaire de recherche et d’analyse. Souvent l’animal surgit de manière inopinée dans l’étude iconographique d’un type spécifique de travail, par exemple dans les travaux de Perrine Mane (2006) ou d’une bête en particulier. Les images sont mobilisées soit que le “métier” n’existe plus et n’est plus observable in situ soit que la documentation enregistrée (écrite, orale, audiovisuelle) est insuffisante pour nourrir l’observation et la réflexion. En outre, les images produites intentionnellement et non indirectement, dans le cadre du travail des animaux, sont-elles aussi peu traitées par la recherche, ce que ce dossier aimerait voir abordé. La mise en tension souhaitée porte dès lors sur l’animal travailleur, sujet du travail et non objet passif et inerte du travail humain (Jarrige, 2023 ; Jeangène Vilmer, 2008). Ainsi, dans l’esprit de la revue ITTI, nous n’envisageons pas l’animal utilisé uniquement dans sa dépouille (abattage, gibier chassé -mais instrumentalisé dans la chasse oui - boucherie, rempaillage, modèle artistique, symbole). Ce numéro investit plutôt la dimension active de l’interaction laborative animal / humain, par exemple dans les zoo et les cirques, le recours aux animaux dans la recherche médicale ou l’accompagnement thérapeutique (Zimmer-Baué, 2019), leur utilisation par l’armée et la police, leur dressage pour l’agriculture et l’élevage, en bref leur mobilisation pour le transport, la force, l’énergie, l’orientation, la surveillance, la garde ou le guidage mais aussi le divertissement (cinéma, télévision), etc. (Cailloce, 2016)[3]. Il s’agit d’explorer les raisons et les façons du travail animal mais aussi de sa mise en image, les enjeux socio-culturels comme les modalités techniques.
Les propositions de travaux peuvent porter sur des terrains produits (photographie, vidéo, dessin, etc.) ou réunir des corpus d’objets visuels homogènes ou non à travers les axes problématisés dans ce numéro. Les supports visuels à investir sont nombreux, du traité imagé de dressage antique au tutoriel YouTube, en passant par les ensembles conservés par la numérisation de grandes bases de données comme celles de la carte postale. De sorte que ce ne sont pas les images mentales ou les représentations symboliques de l’animal au travail qui font l’objet de ce dossier mais bien la matérialité des objets visuels en ce qu’elles dévoilent socialement des pratiques et des imaginaires du travail des animaux avec les êtres humains.
Axes attendus :
étudier ce que disent les images du travail animal (narrativisation, spectacularisation, dramatisation, politisation…)
étudier un existant visuel dans son potentiel info-documentaire (corpus inédit) et/ou la production/mobilisation des images dans le travail animal (terrain original)
une ouverture disciplinaire, temporelle, géographique et matérielle (types d’images)
Les images utilisées et reproduites devront être gérées au niveau des droits par les autrices et auteurs qui devront s’assurer de la disposition légale d’utilisation et de diffusion.
Modalités de soumission
Les propositions attendues devront respecter les attendus suivants : entre 3000 et 5000 signes de résumé présentant le sujet, l’ancrage théorique, la méthodologie scientifique d’analyse, les images en exposant le plan d’enquête et des résultats problématisant le sujet du dossier.
Suite à accord après examen en double aveugle, les articles acceptés devront faire entre 30 et 50 000 signes tout compris, être aux normes de la revue et être accompagnés d’un résumé et de mots-clés (anglais et français).
Calendrier
Diffusion de l’appel : janvier 2026
Propositions d’articles : 30 mars 2026
Retour aux autrices et auteurs : courant avril 2026
Réception des articles : 30 août 2026
Retour aux autrices et auteurs ; éventuels aller-retours : automne 2026
Réception des articles : décembre 2026
Parution : 2027
Contacts pour toutes informations complémentaires et pour l’envoi des documents aux coordinateur·rice·s scientifiques.
Marianne Cailloux, marianne.cailloux@univ-lille
Christophe Blanchard, christophe.blanchard chez univ-paris13.fr
David Hamelin, david.hamelin chez le-centre.pro
Bibliographie sélective
Damien Baldin, Histoire des animaux domestiques, XIXe-XXe siècle, Paris, Le Seuil, 2014. Christophe Blanchard, Les maîtres expliqués à leurs chiens : essai de sociologie canine, Paris, La Découverte, 2014.
Laurence Cailloce, « Les animaux travaillent-ils ? », CNRS Le Journal, 2017.
Marianne Cailloux, Chevaucher avec le péché. Les cavalcades de vices en Europe occidentale,
Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2025.
Simona Cohen, Animals as Disguised Symbols in Renaissance Art, Leyde, Brill, 2008. Quentin Deluermoz & François Jarrige, « Introduction. Écrire l’histoire avec les animaux », Revue d’histoire du XIXe siècle, 54, 2017, p.15-29.
Sabine Deschler-Erb & Markus Wild, « « Radiographies d’animaux : état de la recherche, approches et perspectives », Anthropozoologica, 59, 8, p. 121-130 (mis en ligne le 7 août 2024) François Jarrige, « 5. Des vies prolétaires. Le travail des animaux entre contraintes et nécessités », Sciences humaines, 2023, p.255-303.
Perrine Mane, Le travail à la campagne au Moyen Âge. Étude iconographique, Paris, Picard, 2006.
Patrick Matagne (éd.), Animaux dans la ville (XIXe-XXIe siècle), LISAA, 2025.
Fanny Matz et Elsa Vignier-Decossin, Vies de cheval : du fond de la mine aux jeux équestre, catalogue de l’exposition proposée aux Archives nationales du monde du travail, Roubaix, ANMT, 2014.
Jacqueline Porcher & Joseph de La Bouëre, Travail animal : un autre regard sur nos relations avec les animaux, Educagri, 2017.
Jacqueline Porcher & Jean Estebanez (eds). Animal Labor. A New Perspective on Human-Animal Relations, Bielefeld, Transcript, 2019.
Jean-Baptiste Jangène Vilmer, « Chapitre 13. Les animaux de travail », Éthique animale, Paris, Presses Universitaires de France, 2008
Ben Sturgeon, « Working Animals–One Health, One Welfare », Tanya Stephens (dir.), One Welfare in Practice. The Role of the Veterinarian, Boca Raton, CRC Press, 2021, p. 279-317. Chloé Zimmer-Baué, Pratiquer la médiation animale dans le secteur social et médico-social, Strasbourg, Kléber, 2019.
Notes
[1]Un des questionnements publics est celui du bien être dans la condition animale et du bien-fondé de l’instrumentalisation du vivant , comme le montre le projet Animal’s Lab de l’INRIA en collaboration avec le Cirad et Montpellier Supagro en 2021. Voir aussi les actualités de l’INRIA en mai 2024 : https://www.inrae.fr/actualites/travail-ce-qui-nous-relie-aux-animaux-domestiques
[2] Compagnons animaux : conceptualiser les rapports des animaux au travail – COW, coordonnée par la sociologue spécialiste des animaux au travail, Jocelyne Porcher, en 2012-15, laquelle a co-dirigé le volume 18 de la revue Laboreal en 2022 sur le travail animal.
[3] La liste des utilisations des animaux dans le travail est longue, on en trouvera un panorama sur le site de l’association Animal Ethics.
Page créée le dimanche 11 janvier 2026, par Webmestre.